Agenda

 
 

 

 

Annuaire politique

En images

Dimanche 1 novembre 2009 7 01 /11 /2009 13:07

Débattre de la nation est important car  nous sommes socialistes, donc internationalistes,et nous percevons le  nationalisme  comme une notion de droite. On définit habituellement la nation comme l’ensemble des personnes nées ou naturalisées dans un pays et vivant sous un même gouvernement. Ou encore dans le dictionnaire de la langue française «  il s’agit d’un ensemble de personne vivant sur un territoire commun conscient de son unité historique ou culturelle et constituant une entité politique ».

Il faut dire que les grands chantres du nationalisme, comme Maurras, l’Action Française, Barrès furent des hommes de droite et que cette conception de la nation autour du sang et des morts peut sembler à juste titre comme  de nature à enfermer les hommes ,à les empêcher de se comprendre. Le nationalisme a souvent incité à désigner des ennemis réels ou supposés contre lesquels il faut défendre l’identité nationale, l’étranger est ainsi un bouc émissaire rêvé. Il légitime aussi des impérialisme ou attitudes conquérantes comme celle de Napoléon voire les entreprises coloniales du 19°.

C’est aussi pourquoi le rapprochement effectué aujourd’hui dans un Ministère entre immigration et identité nationale est largement connoté à droite de la droite car il s’inscrit comme le rappelle les historiens comme Patrick Veil ou Gérard Noiriel dans une tradition d’un nationalisme fondé sur la méfiance et l’hostilité aux étrangers dans les moments de crise( cf les théories du GRECE).

La gauche a d’avantage l’habitude d’analyser les situations en termes de rapports sociaux, de conflits entre  classes sociales qu’en termes de conflits fondés sur les origines. Le Manifeste communiste disait bien que l
e slogan de base était bien « prolétaires de tous pays unissez vous ».

Pourtant il est indiscutable d’une part que le patriotisme n’est pas seulement une valeur de droite et les hommes du peuple durant les grands conflits armés l’ont bien montré. Ainsi Jaurès bien que pacifiste s’en est réclamé .

D’autre part un des éléments du malaise qui  existe aujourd’hui dans les milieux populaires en France tient bien à une difficulté à appréhender les évolutions survenues au sentiment d’appartenance à la nation.

La réaction de Sarkozy devant les émeutes des banlieues en 2005 est éclairante puisqu’il les a attribuées aux méfaits de l’immigration irrégulière, voire à la polygamie, menaçant d’expulser les meneurs, alors que la plupart des jeunes qui manifestaient étaient bien français.

En fait aujourd’hui le peuple est quelque peu perdu car face à la mondialisation, à la décentralisation, à la régionalisation, à la construction européenne, c’est l’état nation qui semble se déliter, disparaître. Des valeurs traditionnelles changent face à l’arrivée de modes  ou d’habitudes, voire de célébrations comme Halloween venues des USA. Il se sent menacé par la globalisation et la délocalisation d’industries qui faisaient partie de son environnement quotidien.

La construction européenne, avec l ‘importation de normes nouvelles qu’elle implique, outre l’extension à l’infini du territoire de l ‘ Europe qui pouvait sembler à peu près familier  peut menacer les certitudes acquises.

Dans cet environnement changeant tout ce qui semble menacer des repères habituels, est forcément perçu avec méfiance, notamment l’altérité, les différences et plus précisément ce qui se rattache à l’immigration .La tentation est forte de reconstituer une France idéale, modèle de cohésion sociale et identitaire, reliée à la notion d’état nation.

Certes la construction de l’état a été essentielle pour l’affirmation de la nation française, mais d’une part elle fut l’oeuvre de la royauté autant que de la République,  d’autre part, elle a été d’autant plus volontaire qu’à l’époque une diversité considérable des provinces existait comme le démontre excellemment Fernand Braudel.

Dans ce modèle français mythique, l’universalisme, l’indifférence à la race ou à la religion, aux origines géographiques est la règle. Une telle conception a sous tendu l’opposition de Jacques Chirac à la réalisation en Nouvelle Calédonie d’un recensement pourtant destiné à garantir une solution équitable pour les canaques en Nouvelle Calédonie. Ce modèle  vient d’être réaffirmé avec force par le Conseil Constitutionnel récemment dans sa décision censurant l’article 63 de la loi Hortefeux sur les statistiques ethniques.

En effet pour définir la nation on peut s’appuyer soit sur des éléments objectifs,soit sur une conception plus spirituelle.

La nation est habituellement définie comme une communauté humaine identifiée dans des limites géographiques et dont le trait commun est la conscience de son appartenance à un même groupe. Ce groupe humain, constituant une communauté politique est établi sur un territoire défini et personnifié par une autorité souveraine .Durant plusieurs siècles, c’est la royauté qui incarnait la souveraineté et l’unité du pays.

A la Révolution française, la nation  devient l’expression politique du peuple souverain alors que l’état est la notion juridique, la personne de droit international qui dispose des attributs de la souveraineté.

Selon des penseurs comme Johan Fichte, une nation doit avoir des caractéristiques objectives, comme une langue, une religion, une culture, une histoire la différenciant des autres .Ainsi le peuple allemand existe, bien qu’il soit à l’époque divisé en de multiples états et plus tard entre allemands de l’est et de l’ouest. Cette conception légitime le droit du sang dans l’attribution de la nationalité.

Des groupes qui ne possèdent pas un état peuvent d’ailleurs considérer que de par l’histoire, leur langue ou leur passé, ils ont vocation à diriger un état même si ce n’est pas la réalité. C’est le fondement des revendications formulées par les mouvements régionalistes, basques ou corses, ou encore dans les pays colonisés avant l’accession aux indépendances.

Dans une approche plus subjective plus largement adoptée en France,celle défendue par Ernest Renan dans son grand discours à la Sorbonne en 1882 ,la nation  ne se définit ni par la langue, ni par la religion, ni par la race  . La terre fournit le substratum, le champ de la lutte et du travail. Une nation est un principe spirituel. Dans le passé, c’est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l’avenir c’est un même programme à réaliser,c’est le  désir de vivre ensemble, de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. Avoir souffert ensemble malgré les diversités de race et de langue unit plus que les joies car en fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l’effort commun. »

Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices que l’on a faits et ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle se résume dans le présent par un fait tangible, le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours.

En résumé, l’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœurs, crée une conscience morale qui s’appelle une nation.

Donc l’affirmation théorique de l’état nation peut aller de pair avec une grande diversité de fait dans la société. Braudel a d’ailleurs bien souligné  celle-ci comme consubstantielle  de la France durant toute son histoire.

Si on examine la conception du penseur le plus proche de nous ,donc Jean Jaurès on doit rappeler ce propos des historiens à son sujet  :Une personnalité puissante qui incarnait magnifiquement la synthèse entre l’internationalisme socialiste et la nation  .

Pour Jaurès la nation  telle qu’elle a été donnée par l’histoire est le cadre, le point d’appui , le lieu à l’intérieur duquel se meuvent les forces politiques et sociales façonnées par une longue vie commune. Comme telle elle doit être préservée par tous ceux qui y agissent, qui y combattent. Par delà la lutte des classes il souligne l »intégration profonde dans la vie nationale de la classe ouvrière française. C’est l’organisme à l ’intérieur duquel s’organisent les rapports sociaux. Cf dicours du 15 Décembre 1905. Il s’oppose à Marcel Sembat qui dénonçait le caractère clos de la culture bourgeoise fermée au prolétariat. Mais en fait le prolétariat a incorporé à sa pensée l’essentiel de la culture nationale. La culture ouvrière, rejoint la culture des livres. C’est par le syndicalisme l’action collective qu’il s‘enracine dans la vie de son pays, Les prolétaires ne sont pas des déracinés dans leur pays , mais s’y enracinent par la lutte qu’ils mènent, Ils s’approprient en quelque sorte par leurs luttes la culture de  leur pays. Selon lui la classe ouvrière a bien une patrie et en cela la phrase de Marx est la négation sarcastique de l’histoire. « C’est en allant vers la mer que le fleuve est fidèle à sa source » Les nations ne sont pas de réalités du moment mais des entités historiques auxquelles le socialisme doit s’attacher profondément. Pour Jaurès être français c’est à la fois une source de fierté,  mais aussi une source de conscience de son devoir en tant que socialiste internationaliste. Pour lui les traditions de la Révolution, les conquêtes de la démocratie en conférant une situation et un rôle à part aux français dans le concert des nations ne leu donnaient pas des privilèges mais des devoirs supplémentaires tant au niveau de la nation qu’au niveau du Parti Socialiste français. 

Pour définir celui-ci , et plus encore aujourd’hui pour le défendre devant cette diversité croissante qui semble le menacer, on a recours de plus en plus à une notion fondamentale, celle de la laïcité.

La laïcité est certes une notion essentielle .Elle a été d’abord affirmée à la Révolution française, quand la Déclaration des Droits de l’Homme a reconnu la liberté d’opinion religieuse, et a fait disparaître les discriminations d’origine religieuse, les protestants devenant électeurs, éligibles et admis à tous les emplois des décembre 1789, puis dès 1791 lorsque les juifs sont devenus citoyens. Bien sûr la loi de 1905 a confirmé et conforté cette notion qui concerne donc principalement la neutralité de l’état face aux religions, mais aussi la liberté religieuse, et le respect du pluralisme. L’état ne doit pratiquer aucune discrimination  à l’égard de tel ou tel mouvement religieux ni favoriser telle ou telle propagande qui pourrait nuire à l’un d’entre eux dans la mesure où chacun respecte dans sa manifestation sociale les prescriptions étatiques  de l’ordre public.

Curieusement aujourd’hui, compte tenu des difficultés éprouvées pour intégrer une partie de la population principalement de religion musulmane,la notion de laïcité a été réactivée  contre le danger d’éclatement de la cohésion nationale et  brandie comme rempart  contre les communautarismes .

Henri Pena Ruiz
ainsi  la définit comme un cadre transcendental, la visée de ce qui peut unir les hommes en amont de leurs différences  spirituelles,par la mise à distance des appartenances spécifiques, un souci de l’universalisme qui met l’accent sur le partage de références communes. La laïcité selon lui,  implique de distinguer entre la vie privée de l’homme comme tel seule concernée par ses convictions religieuses,  et sa dimension publique de citoyen.

La notion de laïcité devient donc un terme globalisant pour désigner toute   difficulté de cohabitation, du vivre ensemble, y compris celles qui ne relèvent pas du champ religieux
. Or, il n’est pas évident qu’elle puisse s’appliquer à un grand nombre de difficultés qui minent l’idée de nation, donc l’idéal d’égalité réelle entre les citoyens. On a beau répéter à satiété les préceptes et les solutions laïques,  on comprend mal en quoi elles constituent une réponse satisfaisante aux difficultés rencontrées en raison de l’origine ethnique ou de la couleur de peau car  l’apparence extérieure ne saurait  relever de la vie privée.

Pire, chacun s’accorde avec raison pour dénoncer le communautarisme qui risque de transformer la société en groupes hostiles qui s’affrontent et vivent en respectant leur propre loi plutôt que la loi commune.

Il s’agirait d’une attitude  ou un mode de vie impliquant que les idéaux républicains et égalitaires, devraient s’effacer face à des revendications culturelles, linguistiques de groupes  ethniques ou religieux. Ce terme oppose avec une intention critique comme le souligne Pierre André Taguieff une attitude française, dite laïque à un conception plus ouvertes à l’égard des revendications de minorités ethniques ou religieuses pourtant clairement reconnus dans les textes internationaux de l’ ONU . C’est dans cette logique que la France s’oppose à la Charte Européenne sur les langues régionales. L’enseignement du basque ou du breton serait une atteinte à l’universalisme républicain tout comme le port du voile.

Tous les politiques dénoncent le communautarisme même si certains se rendent compte que l individu ne peut être défini totalement dans l’abstrait, sans référence à son histoire, à sa langue, à son environnement régional.  On serait en fait bien en peine de le définir mieux et de cibler les groupes qui réellement en France ont de telles revendications.

Cette accusation semble souvent en fait  mêler bizarrement une peur profonde de l’intégrisme islamiste, du terrorisme,qu’on peut comprendre et qu’il faut combattre,  à l’agacement éprouvé devant les incivilités des jeunes ou  ce qui est plus étrange à la résistance devant les luttes menées par une partie de la population  contre les discriminations directes ou indirectes dont elle estime être victime.

Bizarrement, la dénonciation du communautarisme semble aléatoire :Elle vise ainsi souvent les groupes les moins organisés ,pas plus repliés sur eux mêmes que d’autres,qui se marient le plus hors de leur groupe d‘origine comme les jeunes issus de l’immigration maghrébine, qui sont les plus demandeurs d’égalité mais aussi les plus turbulents. Elle stigmatise au hasard des ultramarins alliés à des personnes de toutes appartenances géographique ou religieuses .On peut se demander si parfois l’accusation de communautarisme n’est pas  une manière simple de disqualifier une demande concrète d’égalité des droits ou des chances, voire d’associer abusivement un comportement ou une manière de penser à une apparence physique. 

En réalité  la question  principale ne semble pas uniquement religieuse ou de lutte contre le terrorisme. Ne s’agit il pas plutôt de lutter contre des résurgences mémorielles, de constituer une mémoire commune , respectueuse des uns et des autres, dans la mesure où paradoxalement nombre de populations concernées par ces sujets sont en fait  des français issus de l’ancien empire colonial donc à qui on a asséné le modèle théorique d’intégration à la française alors qu’ils vivaient une réalité  assez  éloignée en pratique .Par ailleurs , peut on empêcher que les préjugés hérités de la période coloniale, ou les rancoeurs issues des conditions parfois brutales de la décolonisation n’occultent les préceptes fondamentaux enseignés dans les colonies et que les populations vivants dans les colonies ont tenues pour vraies ? Il faut donc bien se rendre compte que la foi dans le modèle français traditionnel est souvent vivace parmi ces populations taxées de communautarisme.

En réalité pour faire vivre notre conception traditionnelle de la nation  où la citoyenneté s’avère indifférente à  l’origine ou à la couleur de peau, il faudrait d’abord et avant tout mener une lutte sérieuse contre les discriminations de toute nature et faire en sorte que la notion d’égalité des chances, notamment dans l’accès aux emplois et aux responsabilités semble digne de foi.

Certes ce sujet peut paraître moins actuel que la lutte pour une augmentation des salaires ou pour les retraites, mais cette réflexion est  indispensable pour définir ce qui constitue aujourd’hui notre contrat social. L’instrumentalisation de l’immigration, la conscience des nouveaux défis que comporte la pluralité actuelle de notre société, nous oblige à reconsidérer ce qui fonde aujourd’hui notre vivre ensemble.

Il faut aussi sans doute revisiter notre histoire commune pour refonder une mémoire partagée. Un des éléments importants quoique peu dit des tensions entre membres de la communauté nationale tient et on l’a bien vu dans les débats menés à Fréjus et Toulon, au fait que des membres de celle ci à égalité de droits ont vécu certes la même histoire mais à partir de positions radicalement différentes voire opposés. Nous devons vivre ensemble entre français, en ayant combattu de part et d’autre dans différentes guerres, notamment dans les luttes de libération nationale qui tout en étant justes historiquement ont signifié conflits, violences et pour beaucoup la perte de leur cadre de vie familier.

Aujourd’hui encore reparler de ces déchirements  récents ne peut se faire sans passion ou sans difficulté. Pourtant de la même manière qu’il a été indispensable d’aborder enfin le non dit et la période de l’esclavage pour apurer les relations avec les ultramarins, de la même manière une conscience critique de la période coloniale doit pouvoir être créée avec la conscience des représentations mentales qu’elle a laissées en chacun de nous.

Il ne s’agit nullement de repentance comme le clame à l’envi Nicolas Sarkozy, mais connaître l’histoire permet de ne pas continuer à véhiculer une mémoire idéalisée, qui ne peut être crédible pour nombre d’habitants de nos banlieues  car ils savent que ce modèle idéalisé n’a pas toujours été appliqué .C’est donc bien en étant conscient des limites ou des restrictions apportées dans l’application de ce modèle qu’on pourrait aujourd’hui s’employer à le rendre opérant et à le respecter dans la pratique. Si excessives qu’elles ont été, les pétitions des Indigènes de la République nous rappellent à  l’impérieuse obligation d’essayer de faire vivre le modèle que nous proclamons et pas seulement de l’asséner dans les mots.

Durant la campagne présidentielle, nous avons valorisé une nouvelle conception de la nation qui était celui de la France plurielle, et un  nouveau slogan, celui de la république métissée. La question est de savoir si aujourd’hui le Parti Socialiste est prêt à en faire une notion reprise de tout cœur par tous.

De la manière dont le PS sera disposé à lutter frontalement contre les discriminations y compris dans la démocratie représentative, dépendra sans doute  la confiance qui lui sera accordée  pour porter au mieux dans l’avenir les espoirs du peuple  de notre pays dans toute sa diversité.

Voir les commentaires - Ecrire un commentaire - Recommander
Retour à l'accueil
 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés